Un vin anversois singulier

L’identité dépend du producteur

Après des études d’ingénieur industriel, une carrière impressionnante de développeur de logiciels d’abord, d’éditeur, de guide et d’enseignant en vin ensuite, Patrick a suivi des études en viticulture en France, à la célèbre Université du vin de Suze la Rousse. « C’est là que j’ai appris l’importance de la culture du sol et de la biodiversité. J’applique ces principes dans les vignes, mais par ailleurs, je veux aussi travailler le plus durablement possible. Cela va plus loin que de renoncer aux additifs ou aux herbicides. »

Après 30 ans passés à visiter des caves aux quatre coins du monde, Patrick Nijs a voulu créer son propre vin unique. Pour le faire, il accorde surtout de l’attention et de l’amour à son sol, le terroir qui confère à son vin toute sa spécificité. Une approche qui lui a même valu une place sur la carte des vins du Hof van Cleve.

« Le vin doit être l’expression de son producteur et du lieu d’où il provient. Il doit être pourvu d’une identité », dit Patrick d’emblée. « Pour moi, cela commence par le sol. Le caractère spécifique du sous-sol doit être perceptible dans le vin. C’est pourquoi 90 % de mon travail se déroule dans le vignoble. Cet engagement détermine ce que l’on goûte dans le verre. Dès que la récolte est faite, mon travail est quasi terminé. Ensuite, je ne fais qu’accompagner du jus de raisin fermenté. (il rit) »

« Le vin doit être l’expression de celui qui l’a fabriqué. Pourquoi donc devrais-je suivre certaines règles ? »

« Je veux améliorer le sol pour la prochaine génération. C’est pourquoi je ne pulvérise jamais de cuivre et que j’évite la charrue et la binette. En fait, je laisse mon sol généralement tranquille. (il rit) Le labourage perturbe constamment la biodiversité et l’infiltration de l’eau, il stimule l’évaporation et réduit la rétention des nutriments. Pour cette raison et parce que je plante certaines fleurs et certaines herbes dans mon vignoble, mon sol retient l’eau plus longtemps et je ne dois jamais m’inquiéter lors des chaudes journées d’été.

Je privilégie le travail manuel. Tailler, sélectionner les pousses, défolier, pincer… tout se fait à la main. Il est rare qu’un tracteur passe dans mon vignoble. Dans le chai également, tout se fait manuellement, ce qui explique que mes factures d’énergie ne dépassent jamais 40 euros par mois. Le soutirage du vin se fait par gravité, je n’utilise pas de pompe. Les raisins sont écrasés et égrenés à la main. Mes étiquettes ne contiennent pas de bois et j’achète un grand nombre de mes bouteilles à une entreprise qui les recycle plusieurs fois avant de les faire fondre. Pour moi, la durabilité est le seul choix logique. » 

« Je veux améliorer le sol pour la prochaine génération »

Aujourd’hui, Patrick possède trois vignobles répartis en Belgique : à Houwaart, à Reet et à Maaseik. Mais c’est à l’ombre de la cathédrale d’Anvers, dans sa “Urban Boutique Winery” en face de sa maison, qu’il fabrique son vin. « Ça aussi, c’est une décision durable. S’il est vrai que je parcours une grande distance plusieurs fois par semaine, j’apporte le vin chez les gens. Les clients ne doivent pas se rendre au Limbourg ou dans le Brabant flamand pour acheter deux bouteilles de vin. De cette manière, j’essaie de sensibiliser les gens à la durabilité. En même temps, cette approche recèle une raison sociale : pendant le travail de vinification, je peux facilement aller chercher mes enfants à l’école ou dîner en famille. (il rit) »

Pourtant, la boutique n’est ouverte que le samedi. Le reste du temps, Patrick le consacre autant que possible à ses vignes et, occasionnellement, à ses autres activités professionnelles. « Bien entendu, si je peux faire ce type d’expériences, c’est parce que je ne dois pas en vivre. Je peux me permettre de n’en faire qu’à ma tête. C’est pourquoi je me qualifie moi-même de “chansaar”, un nom qui est aussi celui que j’ai donné à notre vin. Il résulte de l’assemblage des vins provenant de différents vignobles cultivés sur différents terroirs. Ce qui ne se fait généralement pas dans la viticulture classique. 

 

Traditionnellement, un vin se caractérise par un endroit déterminé. Et j’estime que le vin peut aussi être l’expression de la personne qui l’a produit. Pourquoi devrais-je respecter des règles d’appellation strictes si cela limite ma créativité ? Je goûte et je hume sans cesse, et j’utilise tous mes sens pour faire du vin. Je suis mon instinct, en quelque sorte. Cela me paraît beaucoup plus intéressant que de comparer des résultats de laboratoire. De cette façon, je suis aussi complètement en fusion avec mon vin. Le vin, c’est moi. » 

Sous le fringant label de Chansaar, Patrick produit des vins blancs, rouges, rosés et mousseux. Lorsqu’il veut pousser l’originalité plus loin encore, il met son vin en bouteilles sous le nom de “Kontreir“ou “Miljaar”. Entre-temps, il s’intéresse aussi à la fabrication d’un ruby, un vin renforcé style porto. « Comme j’ai visité de nombreux endroits, rien ne m’amuse plus que d’appliquer les différentes techniques de vinification à mes raisins. Pour mon “Ruby from Antwerp”, je récolte les raisins très tard et j’ajoute une eau-de-vie que je fabrique à partir des mêmes raisins de l’année précédente. Ensuite, je le laisse mûrir dans des fûts suivant la méthode solera, connue pour la fabrication du sherry. J’obtiens ainsi un goût particulièrement riche et complexe. Entre-temps, j’ai même convaincu un chocolatier parisien d’imaginer une association avec ce vin. Si je travaillais de façon conventionnelle, cela ne serait jamais arrivé. »

Vous souhaitez combiner une recette savoureuse avec le vin de Wijnfaktorij ?